L'attitude des partis politiques européens par rapport à la colonisation

 Le rôle des différents partis politiques européens dans la  colonisation[1]

1.    Les partis politiques et la colonisation

Pour les partis et mouvements polynésiens se pose la question de leurs alliances avec les partis et mouvements en France. De la réponse à cette question dépendent en grande partie les orientations des politiques polynésiennes. « Dis-moi qui tu fréquentes, et je te dirai qui tu es ». Certes, ce n’est pas tout à fait vrai. Le leader indépendantiste Pouvanaa était inscrit à un groupe politique de droite, un groupe qui soutenait la colonisation et les essais nucléaires. Il aurait pu faire d’autres choix, mais il a lutté contre le colonialisme et contre les essais nucléaires. Le leader actuel des indépendantistes saura-t-il reconnaître ses véritables alliés, lucidement, sans compromission?

Certes, lors de la crise récente provoquée par Flosse et par Chirac, le parti socialiste français et le parti des démocrates sociaux de Bayrou ont soutenu le parti indépendantiste, peut-être avec des arrières pensées. Mais ces deux partis, lors de la campagne pour le référendum du 29 mai 2005, ont appelé à voter oui à un texte qui programme la domination militaire, sous direction des Etats-Unis, des pays du Sud. Ils ont appelé à voter oui à un texte qui donne tous les droits aux possesseurs de capitaux et qui, par la concurrence libre et non faussée, harmonise par le bas tous les systèmes sociaux, précipitant les populations européennes dans la précarité, le chômage, l'insécurité et la misère, un texte qui détruit l'industrie et l'agriculture européennes.

Soi-disant attachés à la démocratie, ils ont trouvé normal que les citoyens reçoivent à domicile comme matériel électoral une propagande pour le oui de 16 pages et aucune propagande pour le non. Pour ces deux partis, comme pour l’UMP, la fin, c'est-à-dire la victoire du oui, justifie les moyens. Tous les moyens sont bons. Tous ces partis, qui donnaient à juste raison des leçons de démocratie aux pays dits communistes, ont trouvé normal que tous les quotidiens, y compris Le Monde et Libération, aient appelé à voter oui alors que la majorité de la population était pour le non. Ils ne se posent pas la question de l'indépendance des journalistes, de la nécessité d'un statut qui les protège de toute pression politique et économique. Alors, ils peuvent défendre avec véhémence la démocratie ailleurs, et en particulier en Polynésie. Ça ne leur coûte rien.

 Pire, l'utilisation par la direction du parti socialiste de Le Pen est honteuse quant à une nouvelle orientation, à la droite de la droite, du parti socialiste. En effet, cette instrumentalisation de Le Pen fait croire que le Front National est internationaliste, antilibéral et antiraciste et que la gauche qui appelle à voter non est nationaliste, raciste, ultralibérale et que la victoire du non est la victoire du Front National. Cette volonté de jeter la confusion pour défendre l’appareil du parti et les ambitions présidentielles de ses dirigeants est un jeu criminel avec la démocratie.

 Essayons de caractériser les différents courants politiques français, en particulier par rapport à leurs attitudes à l’égard du colonialisme et du racisme. Nous ne parlerons pas des courants politiques ouvertement racistes et impérialistes, tel celui de Le Pen.

2.    Le courant libéral en France

Prenons d’abord le courant libéral et son maître à penser, Alexis de Tocqueville. Dans un rapport de 1847 de la commission parlementaire chargée d'examiner deux projets de loi portant sur la colonisation de l'Algérie, Tocqueville considère que brûler des moissons, vider des silos, s'emparer des hommes sans armes, des femmes et des enfants, « ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre ». Selon lui, les moyens de désoler les tribus qu'on peut employer sont les suivants : l'interdiction du commerce, le ravage du pays, la destruction de toute ville et de tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population.

3.    Le socialisme

Prenons le courant socialiste et ses maîtres à penser, Karl Marx et Frédéric Engels. Pour Marx, parlant de l'Inde : « quels qu'aient été ses crimes, l'Angleterre a été l'instrument inconscient de l'histoire en menant à bien cette révolution ». « Quelques amertumes personnelles que nous puissions éprouver devant le spectacle de la ruine d'un monde ancien, nous avons le droit, en fait d'histoire, de nous exclamer : il faut que mille roses périssent pour produire un minuscule flacon de parfum ». Ainsi, les hommes, happés par un mouvement nécessaire débouchant sur un monde moderne, peuvent être massacrés sans que les actes ainsi commis soient considérés comme des crimes. L'étude des « lois » de l'histoire (comme l’étude des lois de la nature) rend impitoyable ceux qui sont convaincus de leur existence. Pour Marx, les affrontements coloniaux ne sont que la réplique des affrontements ayant opposé le capitalisme au féodalisme en Europe. Toujours selon lui, en Inde, la Grande-Bretagne est à l'origine de la seule révolution sociale qui ait jamais eu lieu en Asie, ce qui confirme le caractère révolutionnaire d’une bourgeoisie qui agit contre des formes arriérées de propriété et d'organisation sociale, contre la violence, contre les superstitions, contre la servitude. Sous les décombres, commence l'oeuvre de régénération. Les paysans et artisans ruinés deviendront des prolétaires pouvant abattre le système qui les exploite et les domine. Si Engels et Marx dénoncent les massacres, ils ne critiquent pas le principe de la guerre coloniale. Marx et Engel sont prisonniers des représentations scientistes, racistes et ethnocentristes de leur temps. Ils sont aveuglés par leur conception de l'histoire comme progrès. Ils s'adressent aux classes ouvrières des seuls pays civilisés, aux ouvriers les plus avancés des pays civilisés. L'aveuglement des pères explique l'aveuglement de la IIe Internationale.

4.    Le courant communiste

Prenons le courant communiste. Les bolcheviks, pendant la première guerre mondiale, dénoncent les compromissions et les errements coloniaux des partis socialistes européens et la politique chauvine et de capitulation de la IIème Internationale. Ils insistent sur la constitution des empires et sur l'exploitation des colonies par les puissances européennes. Parmi les 21 conditions adoptées par le IIe congrès de l'Internationale communiste tenue en juillet 1920, la huitième condition impose un combat ferme contre l'impérialisme : « Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout parti appartenant à la troisième Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de « ses » impérialistes dans les colonies, de soutenir, non en parole mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d'entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux ».

. Les statuts de l'Internationale communiste stipulent qu'« elle rompt à tout jamais avec la tradition de la IIe internationale pour laquelle n'existait en fait que les peuples de race blanche. L'Internationale communiste fraternise avec les travailleurs de toute la terre ». La lutte anticolonialiste a donné lieu à la rédaction de thèses spécifiques où, après avoir dressé le bilan catastrophique des organisations socialistes, les congressistes appellent les révolutionnaires à soutenir les forces anti-impérialistes des pays dominés. « Rompre avec la IIe Internationale qui n'a donné aucune importance à la question coloniale », tel est l'impératif de l’heure. « Le monde n'existait pour la IIe internationale que dans les limites de l'Europe. Elle n'a pas vu la nécessité de rattacher le mouvement révolutionnaire des autres continents. Au lieu de prêter une aide matérielle et morale au mouvement révolutionnaire des colonies, les membres de la IIe Internationale sont eux-mêmes devenus impérialistes ». Mais, malheureusement, l’Internationale communiste épargne Marx et Engels.



[1] Le Cour Grandmaison

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Dernière mise à jour de cette page le 16/06/2006

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