Le rôle de l'école européenne dans la colonisation

 Le rôle de l’école dans la colonialisation

1.    L’enseignement d’une idéologie d’Etat

Les écoles, comme appareils idéologiques d'État, jouent un rôle dans la formation de la conscience politique, dans la mesure où elles ne sont pas neutres sur les sujets du colonialisme, de l'impérialisme ou du capitalisme.

2.    Le scientisme

 L’enseignement n’est pas épargné par des aspects pervers. Les maîtres des écoles publiques ou confessionnelles sont formés par le scientisme qui domine une grande partie de l’université et de la vie culturelle en Occident, à l’écart des critiques et des discussions de ceux des scientifiques et des philosophes qui essaient de participer à une évolution non régressive de la société. Les maîtres d’école inculquent ce scientisme plus ou moins inconsciemment au jour le jour à leurs élèves. Cette philosophie qui prétend ne pas être une philosophie (ou qui conteste l’utilité dans la vie quotidienne de toute philosophie) et condamne toute remise en question, et donc toute discussion, comme perte de temps et ratiocination, rend sûr de soi le colon comme l’homme du peuple, caressant dans le bon sens les certitudes, les dogmes et les préjugés. Le scientisme est une idéologie qui croit au dieu du progrès envers et contre tout. Tout va bien. Et il n'y a qu'une façon de voir la réalité. Toute autre façon de voir est, pour le scientisme, un obscurantisme ou une folie. Le scientisme a l'impression de parler au nom de la science. Pour lui il n'y a qu'une seule science. Il n'y a pas de discussions entre scientifiques. Il n'y a pas de possibilité de remise en question d'une proposition scientifique. Et l'enseignement de la science doit être dogmatique. Il ne s'agit pas de faire participer les élèves aux doutes et aux erreurs des chercheurs. Il n'y a pas de place pour l'imagination. L'art n'est que le reflet de la réalité. Le scientisme est une religion et un totalitarisme sûr de soi. Il est la plus mauvaise part de la culture française. Il est une conséquence de la philosophie spiritualiste.

3.    Le « danger matérialiste »

En France même, la philosophie universitaire des 19ème et 20ème siècles est quasiment une philosophie officielle, spiritualiste et positiviste. Victor Cousin, en 1844, déclare : « à l'heure où nous parlons, il ne s'enseigne dans aucune classe de philosophie d'aucun collège du royaume aucune proposition qui, directement ou indirectement, puisse porter atteinte à la religion catholique ». Et en 1868, Victor Duruy affirme : « j'ai vécu 30 années dans les rangs de l'université et je déclare que jamais je n'ai trouvé un matérialiste parmi les professeurs des lycées et des collèges ». « Depuis le Consulat jusqu'à la IIIe République triomphante, les pouvoirs bourgeois ont posé en principe que l'enseignement philosophique français devait être territoire interdit à tout matérialiste[1]». Licenciement de professeurs, annulation de thèses, punitions d'élèves, censures ou falsifications des thèses matérialistes se succèdent.

4.    Le « danger marxiste »

Si au danger matérialiste succède le danger marxiste, au cynisme des régisseurs de la vie philosophique succède « un vaste répertoire de discriminations feutrées dont l'efficacité est dans l'ensemble guère moindre mais dont l'identification est souvent plus malaisée et par suite la dénonciation plus aventurée, ce qui contribue à entretenir l'image d'une démocratie de bon aloi... Il peut se faire qu'un étudiant philosophe attaché à la pensée marxienne...ne parvienne pas à trouver un directeur de thèse pour son sujet de recherche; ou bien, s'il en trouve, il peut se produire que sa thèse n'obtienne pas une mention lui permettant de prétendre accéder à l'enseignement supérieur ; ou encore, son auteur l'ayant obtenue grâce à la manifeste qualité de sa recherche comme à l'équité louable de son jury, il se trouvera que sa quête d'un poste en faculté ne puisse nulle part aboutir »[2]. « L'étroitesse du conformisme de l'institution philosophique refuse son label à quelqu'un qui ne possède pas les peaux d'âne requises[3] ». Le résultat est que Marx est présenté comme un penseur sans intérêt, sans postérité, périmé, peu intéressant. L'université française n'a pas jugé utile d'encourager l'entreprise d'une édition scientifique des oeuvres de Marx, laissant se publier les traductions défaillantes du marxisme politique et autorisant les citations falsificatrices ou les interprétations approximatives ou manifestement erronées, contrairement à tous les usages universitaires de rigueur et d'honnêteté intellectuelle.

5.     L’échec scolaire créé par l’institution scolaire

L'échec scolaire des enfants tahitiens n’est pas de nature différente que l’échec scolaire en France, sauf qu’il est aggravé du fait de la situation économique difficile de Tahiti (La santé d’une économie ne se manifeste pas par la grandeur des profits, la « croissance », mais par le sort qu’elle fait aux gens. Le chômage n’existe pas officiellement, autrement dit la « solidarité polynésienne », celle des familles et des églises, cache la misère des sans-travail non indemnisés, le droit du travail allégé au profit des employeurs, le Smig très bas).

 L’échec des élèves n'est pas essentiellement de la responsabilité des familles, mais de celle d’un système scolaire qui maintient et même creuse les inégalités sociales.

6.    Inégalités des enseignements

Il y a d’abord, du fait de la politique d’attaque contre les normes de service public, de grandes inégalités de conditions d’enseignement et de résultats scolaires entre les écoles, et dans les écoles entre les classes, inégalités qui profitent aux familles qui ont les moyens de placer leurs enfants dans les bonnes écoles et les bonnes classes.

7.    Inégalités des aides familiales

Ensuite, les familles qui peuvent suppléer aux déficiences de l’école en accompagnant leurs enfants, en leur faisant suivre des cours de musique ou d'initiation sportive, etc., ont réussi à imposer la baisse du nombre des heures de cours, si bien que, là où les programmes restent exigeants, les inégalités familiales d’aide aux élèves se traduisent par des inégalités des résultats scolaires.

8.    L’enseignant qui simplifie interdit l’accès à la culture

Pour couronner le tout, les enseignants, trop souvent, face à des élèves en difficulté, au lieu de maintenir les exigences, simplifient, laissant les jeunes sans possibilité, définitivement, d'accéder à la culture.

9.    L’enseignant positiviste encourage la passivité et la servilité

Plus généralement, ces enseignants développent une conception positiviste des connaissances qui consiste à présenter ces connaissances comme des savoirs non contestables, comme des savoirs utilitaristes qui n'ont pas besoin d’être appropriés dans une discussion critique, ce qui encourage la servilité et la passivité.



[1] page 80, Lucien Sève, Penser avec Marx aujourd'hui, La Dispute, 2004 

[2] page 80, Lucien Sève,

[3] Georges Labica, cité par Sève, page 87

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Dernière mise à jour de cette page le 16/06/2006

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