1. Premiers contact avec l’Occident : les capitaines de navire et les armes à feu. Naissance de la royauté
1767 : le capitaine Wallis (Cook est sergent). 1768 : Bougainville. 1769, 1773, 1774, 1777 : le capitaine Cook. 1788 à 1791 : le capitaine Bligh avec la Bounty dont l’équipage se révolte. Etc.
Les bateaux européens qui arrivent à la fin du 18ème siècle échangent du ravitaillement contre des fusils, de la poudre, de l’alcool, des outils en fer, des tissus, de la quincaillerie. La frénésie des Polynésiens pour ces biens manufacturés est extraordinaire.
La « chefferie anglaise » est intégrée au système politico-social polynésien. Les chefs se sentent dans une confédération présidée par un arii rahi très puissant, le roi d’Angleterre.
Le chef Tutaha, des districts de Pare et Arue, est tout près de la baie de Matavai où mouillent la plupart des navires européens. Il peut se fournir en fusils et en poudre plus facilement que les autres chefs. Il a de très bons rapports avec les missionnaires et les commandants de navire. Dès le passage de Wallis, du fait de l’introduction des armes à feu, l’équilibre entre les chefferies est rompu et l’île entre dans une série de conflits violents et destructeurs qui ne s’achèvera qu’en 1815.
Le chef Tutaha meurt en 1773. Lui succède Tu (ou Otoo, le futur Pomare 1er). Tu, né vers 1774, est fils du chef Otoo et de sa femme Idia, personnages dont parle Cook.
Tu s'imposera peu à peu à toutes les chefferies, autrefois autonomes, par la guerre et la supériorité de ses armes, comme premier « roi » de Tahiti, Pomare 1er.
2. Les premiers missionnaires
En 1772, deux navires envoyés par le vice-roi du Pérou visitent Tahiti et disent en prendre possession. En 1774, ils reviennent avec deux missionnaires catholiques qui s'installent en conquérants dans la presqu'île pendant quelques mois. Ce sont ces missionnaires qui accompagnèrent et parfois participèrent aux massacres de ceux qui, en Amérique, ne voulaient pas se convertir. Le capitaine Cook, en 1777, vit la maison qu'ils avaient habitée, un véritable fortin.
Le 7 mars 1797, les missionnaires protestants de la Société missionnaire, fondée en 1795 à Londres, descendent à terre, du bateau commandé par le commandant Wilson. Ils sont accueillis sur le rivage par le chef Tu (ou Otoo, le futur Pomare 1er), par sa femme Etua, par le chef du district de Matavai et par le grand prêtre de Tahiti. Ils habitèrent la case construite pour le capitaine Bligh du Bounty, dans le district de Matavai.
3. Les missionnaires protestants
Les missionnaires protestants ont une autre stratégie que les missionnaires catholiques. Le missionnaire anglais protestant Ellis, qui arrive à Tahiti en 1817, écrit : « Je n'admets pas l'existence du pouvoir en vertu duquel le Pape autorisait les rois d'Espagne et du Portugal à prendre possession de tout pays qu'ils pourraient découvrir afin d'amener dans le sein de l'Eglise leur malheureux habitants dépouillés de leurs richesses. Cependant, je dois reconnaître que leur objectif, convertir les païens, devrait être celui de chaque chrétien éclairé... Tout en admettant que beaucoup des explorateurs catholiques, espagnols et portugais, fussent les propagateurs sincères de ce qu'ils pensaient être la vraie foi, nous ne pouvons que condamner leur violence et l'absurdité du procédé qui consistait à implanter par la force le christianisme parmi les tribus qu'ils découvraient ».
Les missionnaires intéressent les Tahitiens surtout quand ils utilisent la scie, la forge ou l’enclume, quand ils fabriquent des planches, des objets de menuiserie ou des outils en fer.
Les missionnaires donnent une écriture à la langue tahitienne, traduisent la Bible et ouvrent des écoles en tahitien.
Les missionnaires exposent aux chefs les premiers buts de leur mission : « enseigner les métiers utiles, apprendre à lire et écrire, faire connaître le seul vrai Dieu et les chemins du bonheur dans l'autre monde. » Ils insistent sur l'urgence de voir la suppression des sacrifices humains et de l'infanticide. Une façon courante pour la mère de tuer son nouveau né est de l’enterrer vivant. L’infanticide touche en priorité les femmes, puisqu’elles sont discriminées, si bien qu’il y a une femme pour quatre ou cinq hommes
Les missionnaires conseillent de remplacer les grandes maisons communautaires où, d’après eux, règne la promiscuité, par des petites maisons familiales, les fare. Ils proscrivent comme inconvenants les vêtements et les coiffures traditionnels ainsi que les tatouages.
4. La participation des missionnaires et des capitaines de bateau aux guerres de conquête de Pomare
Dès 1768, le clan Te Porionuu, avec le chef Tutaha, mort en 1773, auquel succède Tu, essaie de s’imposer. Il s’allie avec le clan Teva I Uta (qui vient d’être ravagé par le clan Teva I Tai), contre le clan Te Fana.
De 1774 à 1783, Tu organise des expéditions dans l’île de Moorea pour réduire l’insurrection de Mahine, jusqu’à la mort de ce dernier.
En 1789, Tu se heurte au clan Teva I Tai, son ancien allié. Il soumet le clan Te Fana le 13 février 1791 et réussi à se faire reconnaître comme autorité suprême de toutes les chefferies. Il investit son fils Otu (le futur Pomare II), arii rahi de Tahiti. En 1794, Tu envahit Moorea, sa femme Itia devenant arii nui de Moorea.
En 1797, le fils, allié au clan Teva I Uta, soumet militairement son père et prend le pouvoir. De 1801 à 1803, le fils et le père s’allient pour soumettre le clan Te Oropaa.
En 1802, le père et le fils sollicitent des capitaines de bateau et des missionnaires, hommes et armes pour combattre ceux qu'ils appellent les insurgés. Au fur et à mesure des victoires militaires et des conquêtes, Tu s’autoproclame « roi », sur le modèle du roi George d’Angleterre, et se fait appeler Pomare 1er.
Le désormais roi de Tahiti traite les ennemis et les prisonniers avec une extrême brutalité. « Ce sont les cruelles lois de la guerre, écrit Ellis… Aussi terribles et alarmants qu'aient été ces sanglants combats, les missionnaires se sentaient être voués à Dieu et à la vérité, sans repentance, ni aucune pensée de retour en arrière... Ils constataient la remarquable intervention de la Providence qui leur avait permis de survivre au milieu de la destruction générale et ils en éprouvaient des sentiments d'un émerveillement mêlé de gratitude... Les missionnaires connaissaient des insuccès dans leur prédication de l'Évangile car les indigènes reprochaient aux missionnaires d'être l'origine de tous les désastres et de toutes les souffrances ».
En 1803, Pomare 1er meurt. Son fils, Otu, qui est le roi Pomare II depuis sa naissance, utilisera encore plus les dispositifs matériels et idéologiques des explorateurs et hommes d’affaire européens. En 1807, Pomare II se livre aux massacres sur le territoire du clan Te Oropaa, dirigé par Rua. D’où une révolte menée en 1808 par Hitoti, Tauti, Opuharaa, et la fuite de Pomare II et des missionnaires à Moorea. C’est, à Tahiti, le « pouvoir du peuple », te hau manahune, avec le retour aux six anciens clans.
5. La théocratie des missionnaires : établir une monarchie constitutionnelle à l’anglaise
En 1815, avec l'aide des capitaines et des missionnaires, le roi, imprégné de christianisme et bientôt baptisé, s’assure une victoire militaire sur les chefs tahitiens (c’est la bataille de Fei-pi), reconquiert Tahiti, détruit les lieux de culte et les objets rituels traditionnels, tout en évitant l'extermination des populations civiles et la destruction des habitations et des cultures. Les chefs et la population, bon gré mal gré, se rallient à la nouvelle organisation du pouvoir. Ils détruisent les signes de la religion traditionnelle et se convertissent à la religion du « roi » Pomare II. Cette victoire n’est pas seulement celle de Pomare II, elle est celle du parti chrétien.
Dans une certaine mesure, la monarchie centralisée qui se met en place est une projection de l’image de la chefferie à la dimension du nouveau royaume. Elle met fin à la supériorité héréditaire et sacrée des arii. Dans chaque district, un tavana, choisi si possible parmi les anciens arii nui, applique les ordres du souverain et dirige « le peuple ».
Pomare II, le roi très chrétien, « le Constantin du Pacifique », est baptisé en 1819. A la demande des missionnaires, il accepte de réunir une assemblée des chefs de Tahiti pour approuver un code de lois, le code de 1819 (interdiction de l’infanticide, de l’avortement, du meurtre, des rebellions, sous peine de mort ; interdiction du vol, du travail du dimanche, de l’adultère, de l’abandon de conjoint, du mensonge ; les lois sont appliquées par des juges). Mais Pomare II refuse de limiter l’essentiel de ses pouvoirs. Il faudra attendre sa mort et 1824 pour que, à l’instigation des missionnaires, le royaume devienne constitutionnel.
Pomare II meurt fin 1821. Pomare II était marié avec la fille du roi de Raietea, avec laquelle il a eu un fils. C’est ce fils, Pomare III, seul fils légitime, qui lui succède. Mais Pomare III meurt jeune, à 6 ans, en 1827.
Pomare II vivait avec Vahine Pomare, la sœur de sa femme légitime, avec qui il a eu une fille, Aimata. Vahine Pomare assure la régence de 1823 à 1828. Aimata succède au jeune roi Pomare III décédé et devient à 16 ans, en 1827, Pomare vahine IV, car elle a épousé un chef à qui Pomare II avait donné son propre nom, vraisemblablement par adoption.
L’autorité réelle passe entre les mains d’anciens arii traditionnellement hostiles aux Pomare (Tati, du clan Teva I Uta, Utami et Paofai). En 1826, se développe un mouvement syncrétiste qui est réprimé militairement par Tati. A partir de 1824, une Assemblée législative se réunit. Elle est composée de gouverneurs (les anciens chefs, les tavana) et de députés élus pour trois ans, deux ou trois par district. Les débats sont dirigés par un missionnaire, un auvaha, qui « arrange les paroles » des députés et fait voter à main levée. Par l’intermédiaire de cet orateur-secrétaire, la mission méthodiste exerce un pouvoir important sur l’Assemblée, transformant cette dernière en caricature de parlement. Le but des missionnaires est de limiter les pouvoirs de la reine, et non de permettre à ses sujets de s’exprimer librement. L’assemblée vote en 1838 l’interdiction des ventes de terre aux étrangers et l’interdiction de toute doctrine autre que le protestantisme.
Le code de 1842, qui complète celui de 1819, par l’interdiction du concubinage, l’interdiction des mères célibataires, l’interdiction des danses et des chants inconvenants et de certains instruments de musique, l’interdiction de ne pas aller à l’école, l’interdiction du mariage des femmes avec des étrangers, est appliqué en première instance par un juge et des officiers de police judiciaire du district, en appel par sept juges de circonscription.
6. L’essai d’introduction par les missionnaires d’une production industrielle
Ellis écrit : « L'indolence des insulaires était la cause première de beaucoup de leurs crimes. L'abondance des produits de la terre et de la mer renforçait leur propension naturelle à la facilité et entretenait des habitudes d'excessive mollesse. Ces habitudes les empêchaient de recevoir notre enseignement, de s'imprégner de l'esprit et de l'influence morale de la religion et d'avancer en civilisation. Pour civiliser un peuple, il faut d'abord le christianiser. Lorsqu'ils eurent appris des Ecritures que la paresse était aussi contraire aux principes du christianisme qu'à leur propre bien-être, ils furent prêts à écouter les conseils de leurs maîtres ».
« L'état de ce peuple exigeait davantage que l'enseignement des préceptes du christianisme et la connaissance des lettres. À moins d'introduire les habitudes de travail et les progrès dus à la civilisation, les gens n'appliqueraient que partiellement les principes et l'esprit du christianisme… Le grand respect dans lequel ils tenaient maintenant nos conseils offrait une occasion plus favorable que jamais et qui ne se représenterait plus… Les Directeurs de la Société Missionnaire nous envoyèrent un homme qui avait dirigé pendant plusieurs années une plantation à la Jamaïque ».
L’opinion xénophobe d’Ellis sur l’indolence des Tahitiens et sur la nécessité de les discipliner par la religion et l’industrie est encore celle de nombreux employeurs, celle aussi de la plupart de ceux qui, colonialistes nostalgiques, adhèrent aux valeurs de l’exploitation de l’homme par l’homme, aujourd’hui les partisans de l’ultralibéralisme ou du social-libéralisme.
7. Les guerres de conquête coloniale : le langage de la force
La violence des marins européens, l’alcoolisme des Tahitiens, le caractère insupportable du puritanisme et du rigorisme des lois de la théocratie protestante, expliquent que, en 1842, le pouvoir, assuré par le régent Paraita, soit peu respecté. Les appétits coloniaux de la France et de l’Angleterre se heurtent, tout en profitant de la faiblesse du pouvoir tahitien. Le consul de France Moerenhout convainc Tati, Paraita, Utami et Paofai de signer une requête de protection de la France. La demande de Protectorat est signée, en septembre 1842, de la reine, de Paraita et de trois chefs de l’assemblée. Le contre-amiral Dupetit-Thouars, qui venait d’annexer les Marquises, accepte en novembre au nom du roi de France. Il nomme Moerenhout commissaire royal auprès de la reine, chargé de conduire le gouvernement provisoire.
Pritchard, consul britannique et ancien missionnaire protestant convainc la reine, en février 1843, de dénoncer le traité. En novembre, le contre-amiral Dupetit-Thouars, après avoir annexé les Marquises (où la guerre se poursuivra jusqu’en 1880), dépose la reine, proclame l’annexion, débarque des troupes commandées par Bruat. La « guerre franco-tahitienne », une guerre coloniale, dure jusqu’en décembre 1846. La guerre coloniale dure jusqu’en 1852 dans les Tuamotu, jusqu’en 1887 dans les Australes, jusqu’en 1897 dans les Iles Sous-le-Vent.
Aux morts par épidémies et par les guerres tribales avec armes à feu s’ajoutent les morts des guerres coloniales de la France. Le bilan reste à établir dans ce qu’on pourrait appeler « le Livre noir du colonialisme en Polynésie »
8. Le Protectorat français : il reste quelques prérogatives aux Pomare et aux anciens chefs francophiles
Louis Philippe désavoue l’annexion et rétablit le Protectorat le 7 janvier 1845. La reine, rentrée à Papeete en février 1847, se soumet le 7 février 1847. Une convention est signée par le commissaire du roi Lavaud et la reine, le 5 août 1847. Le Conseil de gouvernement (le commissaire du roi, le gouverneur militaire de Papeete et le capitaine du port) s’occupe des étrangers, des relations extérieures, de la sûreté individuelle et de l’ordre public. La reine est assistée du commissaire du roi. L’Assemblée est composée de chefs, de juges, ainsi que de députés élus par les propriétaires fonciers. Elle a 100 membres jusqu’en 1850, 157 jusqu’en 1860, 47 ensuite.
Les compétences reconnues à l’Etat protégé sont progressivement réduites et transférées à la France (l’Etat protecteur) jusqu’à l’annexion du 29 juin 1880, proclamée par le roi, avec l’accord de vingt chefs. L’Assemblée n’est plus réunie à partir de 1866, sinon pour l’avènement de Pomare V, dans la mesure où les représentants de la France n’ont plus besoin de s’appuyer sur l’Assemblée pour faire adopter une nouvelle législation déjà en place et pour limiter le pouvoir d’une reine qui a de moins en moins de prérogatives (sauf en 1869 avec l’épisode sans lendemain du commissaire de la Roncière qui essaie de donner de l’autonomie au royaume tahitien).
La compétence des tribunaux tahitiens est de plus en plus réduite, surtout à partir de 1866. Les grands juges sont nommés par le commissaire et la reine et rémunérés, à partir de 1847, par la France. Les juges de district sont élus. Tous appliquent le droit français, mais ont recours aux usages locaux en cas de silence de la loi.
9. L’annexion et la tyrannie administative
Pour l’Administration coloniale, les institutions de la métropole sont un modèle qui doit s’appliquer progressivement, car il n’y a qu’une bonne manière d’administrer. Un tel système promeut un contrôle efficace des colonies. C’est donc une centralisation, un système d’administration directe, qui met ses limites aux aspirations locales à l’autonomie. Face à l’Administration, l’immense majorité polynésienne est silencieuse, seules les Eglises exprimant quelque peu leurs aspirations. La minorité des colons français, moins d’un millier, y compris les descendants d’Anglo-saxons et d’Allemands, se montre turbulente et agitée, réclamant un droit de regard sur la bonne marche du Territoire. Ses ténors se heurtent avec violence aux hauts fonctionnaires en poste et utilisent la démagogie pour être élus afin de mieux défendre leurs intérêts. Les colons n’ont aucune pondération. Ils se déchirent entre un parti protestant, dit « de l’extérieur », et un parti français et catholique, division dissimulant des conflits d’intérêts et de personnes.
10. Le Conseil colonial, première assemblée élective (1880)
En 1880, au moment de l’annexion, la France est depuis dix ans en République. Elle institue une assemblée élue au suffrage universel, le Conseil colonial, par le décret du 5 juillet 1881. Ce décret remplace aussi le commandant par un gouverneur assisté d’un Conseil d’administration de 5 membres.
Le Conseil colonial de 12 membres comprend une moitié élue par les Français d’origine polynésienne, l’autre moitié par les Français d’origine européenne, avec une durée de mandat de un an. Les Conseillers ne représentent que les îles de Tahiti et de Moorea. C’est la première assemblée élective. Le Conseil colonial a tendance à se croire constituante mais n’a qu’un caractère consultatif, bien que ses membres soient élus au suffrage universel. Les élus sont déçus par leur peu de pouvoir et entrent en opposition avec les fonctionnaires.
Le Comité des finances est la réunion des deux Conseils.
11. Le Conseil général (1885)
En 1885, le Conseil colonial est remplacé par le Conseil général composé de 18 membres élus pour 6 ans, pour une moitié tous les 3 ans (4 conseillers pour les 400 électeurs de Papeete, 2 pour les 2000 électeurs de Tahiti et Moorea, 4 pour les Tuamotu, 2 pour les Marquises, 1 pour les Gambier et 1 pour Tubuai et Rapa, pour les 2700 autres électeurs). Le système des deux listes (tahitienne et européenne) est abandonné.
Le gouverneur est assisté du directeur de l’intérieur, des chefs du service judiciaire, du service administratif et du service de santé, du trésorier-payeur et d’un Conseil privé de 5 membres.
En 1893, le Conseil général est dissous car il ne vote pas le budget. En 1899, le Conseil général est ramené à 11 membres ne représentant que Tahiti et Moorea, les autres archipels étant placés sous l’autorité directe et exclusive du gouverneur. Le Conseil tend à refuser les dépenses facultatives concernant les salaires des fonctionnaires et les frais divers liés à leur présence. En 1886 les Conseillers refusent de payer les écrivains auxiliaires de l’administration. En 1888, ils réduisent de moitié les crédits affectés aux salaires des domestiques et à l’entretien du jardin du gouverneur. En 1891, ils refusent la création d’une école normale et d’une voie ferrée. En 1895, ils souhaitent la suppression des congés administratifs. En 1898, ils refusent l’instauration d’un impôt foncier et de taxes diverses. Les impôts nécessaires au développement économique sont refusés.
12. Le Conseil d’administration : il n’y a plus d’assemblée élective (1903)
Le 19 mai 1903, le Conseil général est remplacé par un Conseil d’administration non élu, strictement consultatif, avec des séances non publiques. Ce Conseil a 10 membres. Le Conseil privé est supprimé. En 1912, le Conseil est réduit à 6 membres, car les quatre administrateurs des archipels étaient difficilement présents aux réunions. Il ne reste donc plus que le secrétaire général, les chefs du service judiciaire et du service d’enregistrement, le maire de Papeete et les présidents des Chambres de commerce et d’agriculture.
13. Le Conseil général de 1930 n’est pas une assemblée élective
En 1930, pour affirmer la « politique d’association », le Conseil d’administration est remplacé par le Conseil général qui comprend 20 membres, 10 fonctionnaires, 7 personnalités de la commune de Papeete et des Chambres de commerce et d’agriculture, 3 notables désignés chaque année par le gouverneur. « Pour donner aux contribuables la satisfaction de consentir à l’impôt et d’examiner l’opportunité des charges », le Conseil délibère, en séances non publiques, sur les dépenses facultatives. Les conseillers font remarquer qu’ils n’ont aucun pouvoir. Ils réclament la diminution du nombre des fonctionnaires et s’opposent à l’impôt sur la propriété bâtie, « pour ne pas écraser le malheureux contribuable qui a eu la mauvaise chance de s’établir ici».
Une commission permanente de 6 membres (3 fonctionnaires et 3 membres non fonctionnaires du Conseil) assiste le gouverneur pendant l’intercession.
14. Les Délégations économiques et financières : à nouveau une place est faite à des élus (1932)
En 1932, le candidat de l’administration depuis 1920 au Conseil supérieur des colonies, Candace, est battu à la suite d’une campagne organisée par T. Bambridge. L’Administration coloniale lâche du lest. Le Conseil général est remplacé par les Délégations économiques et financières. Cette assemblée comprend 6 membres de droit, dont 3 administrateurs, le maire de Papeete, les présidents des Chambres de commerce et d’agriculture, et 6 élus, au second degré et pour 4 ans. Le gouverneur a son entrée à cette assemblée mais ne la préside plus. Les séances sont à nouveau publiques. Les délégués élisent au scrutin secret un président, un vice-président et deux secrétaires. En 1934, les membres élus démissionnent pour protester contre leur absence de pouvoir.
Une commission permanente de 5 membres est instituée, ainsi qu’un Conseil privé auprès du gouverneur et un Conseil du contentieux administratif.
En septembre 1940, par un référendum, les électeurs reconnaissent le gouvernement De Gaulle. De Gaulle nomme Curton, puis Orselli, comme gouverneur.
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